Les malédictions rapportées dans l’Évangile d’aujourd’hui s’adressent aux docteurs de la loi, et non aux pharisiens comme auparavant. Cependant, les deux groupes ont un problème commun : ils identifient le salut à la justice et à la loi elle-même. Leur interprétation contraste avec la volonté salvifique de Dieu à leur égard, tandis que les collecteurs d’impôts et les pécheurs reconnaissent et acceptent la miséricorde de Dieu. La béatitude consiste donc à croire à la Parole qui proclame : « Près du Seigneur est la miséricorde et près de lui est une grande rédemption », comme nous le répétons dans le Psaume responsorial. Telle est la béatitude de Saul, pharisien et docteur de la loi : après avoir été guéri de sa cécité par Dieu, il reconnaît, comme il le fait aujourd’hui dans la Lettre aux Romains, qu’« ils sont justifiés gratuitement par sa grâce, par le moyen de la rédemption qui est dans le Christ Jésus ». Le Dieu du pardon accueille tout le monde sans distinction.
Jésus accuse les docteurs de la loi, disant qu’ils sont complices de leurs pères qui, pour ne pas se convertir, tuaient les prophètes qui annonçaient la Parole de Dieu. À leur tour, les docteurs de la loi étouffent la Parole de Dieu avec des prescriptions infinies et la rendent difficile à suivre. Au lieu de s’ouvrir à la miséricorde de Dieu, ils s’enferment dans leur autosuffisance et leur arrogance. La génération du temps de Jésus sera appelée à rendre compte du sang des prophètes, car en elle s’accomplira le mystère de l’iniquité et, en même temps, celui de l’infinie bonté de Jésus : dans sa passion.
Une critique ulterieure que Jésus adresse aux docteurs de la loi est qu’ils se sont emparés de la clé de la science ou de la connaissance de Dieu. Ces docteurs, en effet, non seulement refusent l’accès à la connaissance de Dieu, mais empêchent aussi ceux qui désirent s’approcher de Lui de le faire. Ils ont enlevé la clé de la Parole de Dieu et donnent l’image d’un Dieu sans miséricorde. Cependant, la sagesse de Dieu utilisera la croix de Jésus comme une clé offerte à tous pour entrer dans la connaissance de Dieu. Nous, disciples missionnaires de Jésus, sommes appelés à faire connaître cette clé à tous les peuples.
Sainte Marguerite-Marie Alacoque, dont nous célébrons aujourd’hui la mémoire liturgique, a eu une grande importance dans le développement du Culte du Sacré-Cœur de Jésus, comme réponse aux formes de spiritualité rigoureuses et désincarnées qui oubliaient la miséricorde du Seigneur. Comme le disait saint Jean-Paul II dans une catéchèse, ce culte « a été une réponse au rigorisme janséniste qui avait fini par ignorer la miséricorde infinie de Dieu » ; et en même temps, on peut le considérer comme un appel contemporain à un monde qui tente de se construire sans Dieu : « L’homme de l’an 2000 a besoin du Cœur du Christ pour connaître Dieu et se connaître lui-même ; il en a besoin pour construire la civilisation de l’amour » (texte cité par le pape François dans Dilexit nos, 80).
En effet, le Cœur de Jésus nous conduit à être intimes avec Dieu et avec nous-mêmes et à œuvrer pour le Royaume de Dieu. Que le Seigneur nous enseigne à être missionnaires de son Cœur miséricordieux !