Intervention du Père Théogène Havugimana, directeur de Missio Belgique lors de la 20e assemblée plénière du SCEAM (Symposium des Conférences épiscopales d’Afrique et de Madagascar)
Kigali – 31 juillet au 4 août 2025

La contribution des missionnaires africains
dans le monde est éloquente

Éminences, Excellences, chers invités de marque, bonjour

Comme je l’ai déjà mentionné, je m’exprime au nom de Missio Belgique.

 

Merci

Il y a 5 ans, le défunt pape François commençait son dernier discours d’audience générale de 2020 en disant : « Surtout, n’oublions pas de remercier… Avec cette habitude de dire merci, nous transmettons un peu d’espoir. Tout est uni et tout est connecté, et chacun doit faire sa part où que nous soyons. » Permettez-moi de saisir cette occasion pour remercier le SCEAM pour sa contribution vitale au renouveau pastoral de l’Église en Afrique. Il s’agit, pour reprendre l’expression du Pape Jean-Paul II, d’un continent dont les ombres et les défis sont innombrables, mais dont la résilience continue de maintenir sur le chemin de la mission.

Théogène Havugimana, Missio België tijdens SECAM 2025
Théogène Havugimana, directeur de Missio Belgique pendant le SCEAM

Il y a 25 ans, le pape Jean-Paul II rappelait dans son exhortation post-synodale Ecclesia in Africa, que « la principale question qui se pose à l’Église en Afrique consiste à définir aussi clairement que possible ce qu’est l’Église [en Afrique] et ce qu’elle doit accomplir pleinement, afin que son message soit pertinent et crédible ». (EIA 21). Se référant aux fruits du Concile Vatican II, il avait vu dans le lancement du SCEAM une véritable bénédiction, un moment de grâce, un « kairos », pour que l’Église en Afrique puisse continuer à accomplir sa mission. À ce propos il soulignait : « L’Église de Dieu en Afrique a vécu des moments de véritable bénédiction, qui ont culminé avec la création du Symposium des Conférences épiscopales d’Afrique et de Madagascar » (SCEAM). La promotion et le soutien d’un tel symposium garantissent « l’unité des voix des communautés ecclésiales en Afrique afin qu’elles puissent être entendues ». Engagé dans ce combat missionnaire pour l’unité et l’autonomie de l’Église en Afrique, le SCEAM est devenu depuis plusieurs générations, un symbole de travail d’équipe et de collaboration, un symbole de communion et de synodalité. En tant que Missio Belgique, nous tenons à exprimer notre gratitude et à réitérer notre soutien à cette mission commune. La situation évolue rapidement, mais notre solidarité se renforce.

 

Esprit missionnaire

En tant que Missio Belgique, nous établissons des ponts entre les communautés ecclésiales de Belgique et celles du monde entier. Nous nous concentrons sur la promotion de la compréhension, de la collaboration et des objectifs communs. Il s’agit de créer des occasions d’interaction, d’écoute active et de solidarité par le biais de projets communs, de programmes éducatifs et d’événements communautaires qui encouragent la participation active de nos deux communautés. Nous travaillons avec plusieurs diocèses à travers le continent africain. Inspirés par l’esprit missionnaire qui a animé les premiers missionnaires qui ont apporté l’Évangile en Afrique, nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir pour honorer leur héritage en contribuant à un avenir où toutes les communautés, même celles oubliées dans les zones les plus reculées, pourront recevoir la Bonne Nouvelle. Nous travaillons ensemble pour façonner un avenir où le Christ pourra trouver sa demeure dans tous les coins de ce continent, un avenir où la foi en Christ sera une source de joie, d’espérance, de réconciliation et de paix pour tous. Un avenir où l’Église en Afrique sera en mesure de renforcer son autonomie et son autosuffisance à de nombreux niveaux et où, par conséquent, l’Église en Afrique sera en mesure de répondre aux besoins missionnaires des autres continents.

« L’Église en Afrique est une Église missionnaire ». Ainsi parlait le Pape Jean-Paul II. Cela signifie « une Église de mission qui devient elle-même missionnaire » (EIA 8). La contribution des missionnaires africains à l’intérieur et à l’extérieur de l’Afrique, en Europe et en Amérique du Nord, par exemple, parle d’elle-même. Il est temps pour l’Église en Afrique d’être fière d’une si grande contribution au reste de l’Église universelle, de passer de l’engagement à être une Église missionnaire ad intra et ad extra et de remodeler la compréhension classique de la missio ad gentes.

 

Relations durables

L’activité missionnaire de l’Église en Afrique est confrontée à de nombreux défis, allant des questions de santé et de sécurité aux complexités culturelles, religieuses et politiques. Pensez à la haine fratricide et aux conflits qui règnent dans plusieurs coins de ce continent. Pensez aux défis de l’évangélisation, tels que le manque de dialogue interculturel et interreligieux, ainsi que la difficulté d’intégrer le christianisme dans certaines cultures africaines. Pensons aux difficultés financières qui limitent ou ralentissent l’effort missionnaire et l’engagement de l’Église envers les plus démunis.

La capacité de s’adapter et de trouver des solutions à ces défis, et d’établir des relations durables avec les communautés locales, est essentielle pour que l’Église en Afrique réussisse dans sa mission. C’est dans cette optique que Missio Belgique s’engage en permanence à donner un coup de main. Au lieu de nous attarder sur les défis, nous les voyons comme des opportunités de croissance et de développement missionnaires. En faisant face à ces défis ensemble, en tant que famille universelle, nous aidons nos communautés en Belgique et les communautés de nos Églises locales partenaires en Afrique à apprendre les unes des autres, à devenir plus fortes et plus résilientes.

Sans mission, pas d’Église

Poussés par notre foi, notre engagement à proclamer et à promouvoir la culture de la solidarité, nous considérons notre travail comme une humble contribution à l’évangélisation de ce continent. Sans mission, il n’y a pas d’Église. L’Église existe par sa mission. Comme saint Paul, nous sommes conscients que l’annonce de l’Évangile n’est pas une activité secondaire, mais plutôt la ratio essendi de l’Église. Je me souviens du cardinal Stanislaw Rylko, ancien président du Conseil pontifical pour les laïcs dans les années 2000, qui soulignait : « L’évangélisation est loin d’être une affaire privée : elle concerne tous les chrétiens qui sont appelés à prendre leurs responsabilités dans la vie et la mission de l’Église et à annoncer le Christ ». Missio voit son engagement s’inscrire dans cette ligne. En tenant compte des besoins des Églises particulières et du commandement du Seigneur de se soutenir mutuellement, la prière et la solidarité restent au cœur de notre engagement. Oui, apprenez à partager comme le faisaient les premiers chrétiens. Le livre des Actes des apôtres nous dit qu’ils mettaient tout en commun pour prendre soin des plus nécessiteux d’entre eux. Grâce à cette solidarité, nous donnons, recevons et partageons tous. Il n’y a pas de premier – donateur universel – ou de tiers-monde (récepteur universel). Pas de Nord ou de Sud. Il y a plutôt une Église qui se rassemble, comme famille de Dieu, pour mettre en place des stratégies de partage et de prise en charge les uns des autres, en particulier des plus nécessiteux.

Permettez-moi de conclure mon propos en vous remerciant tous, ainsi que vos communautés respectives, pour votre soutien à notre engagement missionnaire. Plusieurs communautés ecclésiales bénéficient de notre solidarité mutuelle enracinée dans la foi qui nous unit et nous maintient ensemble sur ce chemin de la mission. De Ziguenshor, Tamabakounda (au Sénégal) et Sikasso au Mali, à la Corne de l’Afrique en Somalie et à Djibouti, en passant par Kumbo, Bafoussam et Bafia au Cameroun, de la Tunisie au Cap et Bloemfontein en Afrique du Sud, en passant par Tombura-Yambio au Soudan du Sud, Mwanza et Tabora en Tanzanie. Cette mission du Christ à laquelle nous participons n’est pas une mission à accomplir, techniquement parlant, mais plutôt une mission à vivre, main dans la main, et, grâce à des initiatives comme ce symposium, une mission à transmettre aux générations futures.

Que l’Esprit Saint nous maintienne tous sur le chemin de sa mission et renforce notre espérance chrétienne.

Merci.

 

P. Théogène Havugimana, directeur national de Missio Belgique