Jésus souligne dans l’Évangile d’aujourd’hui à quel point les gens savent facilement interpréter le temps qu’il fait, mais échouent souvent à lire les signes spirituels des temps, comme les multiples signes témoignant de sa propre venue en tant que Messie et de l’instauration de son royaume.
« Hypocrites ! », dit-il, non pas dans le but d’insulter, mais de convertir : « Vous savez interpréter l’aspect de la terre et du ciel ; pourquoi ne savez-vous pas interpréter le temps présent ? »
Bien plus important que la météo est de discerner ce que Dieu est en train de faire. Jésus veut que nous nous concentrions non pas tant sur le fait de porter des vêtements adaptés à la température ou d’être préparés à la pluie, mais plutôt sur le fait d’écouter ses paroles pour nous repentir et croire, car le royaume de Dieu est venu.
Jésus nous encourage à ne pas remettre à plus tard ce qui doit être réglé. Il parle de se réconcilier avec les autres alors que nous sommes en route vers le juge, de devenir des artisans de paix, d’assumer nos responsabilités et d’agir avec urgence.
Très souvent, même lorsque nous reconnaissons ce qui est juste, nous tergiversons. Nous tardons à demander ou à accorder le pardon. Nous évitons les conversations difficiles ou les corrections fraternelles. Nous ne saisissons pas les diverses occasions qui s’offrent à nous pour partager notre foi. Nous pensons que c’est demain, et non aujourd’hui, le moment et le jour propices au salut (2 Co 6, 2).
La mission de l’Église repose sur ce genre d’urgence, d’attention et de responsabilité. Les champs sont mûrs pour la moisson (Jn 4, 35).
Saint Paul VI, dans son message pour la Journée mondiale des missions de 1970, a clairement affirmé que l’un des signes des temps que nous devons lire aujourd’hui est l’urgence de partager notre foi. Il écrit : « Au devoir, au besoin de répandre la Parole du salut s’ajoutent aujourd’hui des circonstances particulières, qui nous apparaissent comme des « signes des temps » appelant à une reprise vigoureuse d’une activité missionnaire renouvelée. La parole de Jésus aux disciples nous vient aux lèvres : “Je vous le dis : levez les yeux et regardez les champs qui sont déjà blancs pour la moisson.”
Saint Jean-Paul II a fait la même remarque en vue de préparer l’Église et le monde au troisième millénaire de la naissance du Christ. « Combien de fois, au cours de mes visites apostoliques », avait-il déclaré, « ai-je vu la moisson mûrir alors qu’on me disait qu’il manquait des missionnaires, des prêtres, des frères, des sœurs, des personnes consacrées à l’Évangile ! » (Message de la Journée mondiale des missions de 1996).
Nous savons que si le fruit mûrit et n’est pas récolté, il se flétrit rapidement et meurt dans les champs. La mission est donc incompatible avec la procrastination.
Jésus nous montre cette urgence dans ses paroles sur le Bon Pasteur qui quitte aussitôt les 99 pour partir à la recherche de la brebis perdue.
Beaucoup mourront aujourd’hui sans avoir jamais entendu l’Évangile. Bien d’autres encore vivront aujourd’hui sans être en amitié avec le Christ. Quel impact cela va-t-il avoir sur nos priorités ? Quel impact espérerions-nous que cela ait sur les priorités des autres si c’était nous qui n’avions pas encore fait la connaissance de Jésus ?
Aujourd’hui, où que nous soyons et quel que soit le temps, Jésus nous appelle à lever les yeux et à voir les champs qui sont blancs et mûrs. De même, il nous demande de lever les yeux et de le voir, lui, ainsi que le regard d’amour et de nostalgie qu’il porte sur ceux qui n’ont pas encore entendu ses paroles ni reçu son salut. Puis il nous demande, au cours de notre cheminement dans la vie, avant de nous présenter devant le juge, d’aider à réconcilier avec lui et avec nous autant de personnes que possible.