Dans l’Évangile d’aujourd’hui, Jésus met en garde ses disciples contre le « levain, c’est-à-dire l’hypocrisie des pharisiens ». La levure, comme nous le savons, a un effet positif sur la préparation du pain et des gâteaux, elle aide la pâte à lever et à devenir ce qu’elle doit être. Le « levain de l’hypocrisie », en revanche, a un effet néfaste sur les gens : il est contagieux et les conduit à montrer ce qu’ils ne sont pas, à vivre dans le mensonge, à privilégier les apparences et à créer une société apparente dans laquelle les gens sont comme des « acteurs ». Le disciple est appelé à discerner le levain qui anime sa vie : s’il s’agit de la peur de la mort qui conduit à l’hypocrisie, ou s’il s’agit du levain de la bonté et de la vérité.
Dans la deuxième partie de l’Évangile, Jésus invite ses auditeurs à avoir une attitude de confiance et d’abandon inconditionnel devant Dieu le Père. Il prend soin de nous avec une immense tendresse, ne lui manquant aucun détail. Même les cheveux de notre tête sont comptés : c’est un signe de son amour. En fait, notre valeur est aussi infinie que son amour pour nous : nous valons plus que la vie de son Fils, nous valons le sang du Christ. Nous sommes donc appelés à contempler Dieu, qui est toujours présent et actif dans notre vie et dans notre histoire, et à avoir confiance en son amour pour nous.
L’expérience profonde de l’amour de Dieu élimine la peur de la mort qui conditionne notre vie. Aujourd’hui, l’Église célèbre la mémoire de saint Ignace d’Antioche, un exemple de ces hommes de foi qui, tout au long de l’histoire, n’ont pas craint ceux « qui tuent le corps et après cela ne peuvent plus rien faire ». Le troisième évêque d’Antioche, en Syrie, fut victime de la persécution de l’empereur Trajan. Il fut arrêté vers l’an 110 et emmené à Rome enchaîné. Au cours de son voyage, il écrivit sept lettres qui témoignent également de son amour ardent pour le Christ et pour l’Église. Dans sa lettre aux Romains, il affirme être « le levain de Dieu »: « J’écris à toutes les Églises, annonçant à tous que je suis prêt à mourir pour Dieu, si vous ne m’en empêchez pas. S’il vous plaît, ne me montrez aucune bienveillance inappropriée. Laissez que je sois la nourriture des bêtes sauvages à travers lesquelles je peux atteindre Dieu. Je suis le blé de Dieu, moulu par les dents des bêtes, pour devenir le pain pur du Christ ». Pour cela, saint Ignace demande aux chrétiens de ne pas empêcher son martyre, afin qu’il puisse « naître» dans l’éternité.