« Ne pas oublier d’être missionnaire »

Directeur national des OEuvres Pontificales Missionnaires (OPM) pour le Sénégal et la Mauritanie depuis juin 2025, le père Raphaël Ndiaye a séjourné en Belgique du 4 au 14 juin dernier. L’occasion de découvrir plusieurs diocèses, de rencontrer des acteurs pastoraux et de préparer la campagne missionnaire 2026-2027, dont le Sénégal sera le pays phare pour Missio Belgique.

 

 

Pouvez-vous brièvement vous présenter ?

Je m’appelle Raphaël NDIAYE, ordonné prêtre pour le diocèse de Kaolack au Sénégal en l’an 2000. J’ai servi comme vicaire de paroisse pendant 3 ans, ensuite j’ai été directeur diocésain des Œuvres Apostoliques pendant 13 ans. Puis j’ai bénéficié de 2 années sabbatiques en France. De retour au Sénégal, j’ai été nommé curé de la Cathédrale St Théophile et cumulativement, l’année suivante Vicaire Général, manager des programmes pastoraux, avec d’autres responsabilités liées à cette fonction. Et depuis juin 2025, je suis Directeur National des Œuvres Pontificales Missionnaires (OPM) pour le Sénégal et la Mauritanie.

 

Vous avez séjourné en Belgique du 4 au 14 juin dernier, pouvez-vous revenir brièvement sur les raisons de ce séjour ?

C’est dans le cadre de ma mission de directeur national des OPM que j’ai effectué ce séjour, la Belgique ayant choisi le Sénégal comme pays phare de la campagne missionnaire 2026-2027. Mon cœur est encore brûlant de cette belle expérience, de cette découverte de l’Église et des fidèles de Belgique. En une dizaine de jours j’ai visité cinq des huit diocèses. Lors de cette visite, j’ai rencontré et échangé avec des animateurs pastoraux (prêtres, fidèles laïcs, évêques,) et donné quelques interviews dans les Radios catholiques francophones de Belgique.

Au cours de mes rencontres, j’ai présenté le visage de l’Église au Sénégal dans sa vocation missionnaire et sa participation à la mission que le Christ a confiée à son Eglise. J’ai également mis l’accent sur l’une de ses particularités, une Eglise minoritaire au sein d’une population fortement islamisée. Je n’ai pas non plus manqué de présenter le Sénégal comme un pays stable où règne la paix et la cohésion entre ses habitants et les étrangers qui vivent parmi nous au point que le Sénégal est le pays de « la Téranga », pays de l’hospitalité et de l’élégance.

 

Concrètement qu’avez-vous fait pendant votre séjour ?

Pendant ce riche séjour, chaque jour, il y avait un programme de visite dans un diocèse avec des référents avec qui je discutais des réalités de la mission au Sénégal et j’apprenais celles de l’Église de Belgique. J’ai visité une école et rencontré des jeunes avec qui j’ai discuté de la situation de la jeunesse dans un monde où tout va vite avec des changements très rapides : face à cette dynamique, comment accompagner les jeunes dans leurs choix, leur croissance humaine et spirituelle. Dans cette école, j’ai admiré la participation et la saine curiosité des élèves de confession musulmane, leur ouverture d’esprit.

Qu’est-ce qui vous a le plus marqué ?

Ce qui m’a le plus marqué dans l’Église en Belgique, ou du moins là où je suis allé, c’est la richesse et la diversité. Une Église riche d’un patrimoine, d’une histoire séculaire, d’hommes et de femmes engagés. Une diversité héritée probablement de l’histoire des deux zones géographiques et linguistiques que sont la Wallonie et la Flandre, auxquelles il faut ajouter la petite partie germanophone du pays. J’ai été aussi marqué par l’engagement des personnes du troisième âge qui se donnent bien volontiers aux tâches et à l’animation pastorales. Tandis que chez nous on a l’impression que les fidèles prennent très tôt « la retraite en pastorale et en engagement ».

 

Quelles richesses et défis avez-vous perçus pour l’Église de Belgique ?

Les défis et les richesses de toute l’Église sont les mêmes à quelques différences près. Le grand défi c’est de perpétuer la dynamique missionnaire de l’Église, car la mission est le moteur de) l’Église, et l’Église elle-même est mission. C’est ce qui fait son identité. Elle est ouverte au monde, en particulier aux hommes et aux femmes qui sont dans des situations de précarité, et ont besoin que le bon samaritain passe par leur chemin. Je pense que la Belgique est riche de son histoire et de ses racines chrétiennes malgré les déceptions qui conduisent beaucoup à l’abandon de la pratique religieuse et à la sécularisation. Face à ces nombreuses crises, le défi est de montrer le vrai visage de l’Église, sainte mais composée de pécheurs. Cela passe par un témoignage de vie chrétienne authentique et crédible.

 

Avez-vous tiré de cette expérience de quoi enrichir votre ministère au Sénégal ?

La visite et le séjour ont été pour moi une grande expérience de découverte. J’ai bien admiré l’organisation structurelles et les infrastructures qui l’accompagnent. J’ai été séduit par l’option de doter chaque diocèse ou presque de moyens de communication (Radios, site internet…). La communication est un moyen essentiel pour transmettre le message et les valeurs évangéliques. La Direction nationale de Missio est une grande institution aussi bien sur le plan organisationnel qu’opérationnel. Je souhaite m’inspirer de cette richesse pour mettre en place un dispositif du même genre, soutenir et faire vivre les OPM au Sénégal et en Mauritanie.

 

Un mot sur l’Église et les OPM au Sénégal ? Quelles différences par rapport à l’Église belge ?

Au Sénégal l’Église est dynamique et vivante, comme je l’ai relevé lors de ma visite en juin dernier en Belgique. Elle est bien organisée avec des secteurs pastoraux bien définis, des coordinations nationales comme l’apostolat des laïcs, la pastorale sociale qui couvre la Caritas, la Santé et l’Enseignement catholique et la catéchèse. Il y a des activités pastorales animées tout au long de l’année. La pratique de la foi est relativement bonne. En revanche les Œuvres Pontificales Missionnaires sont comme le parent pauvre de la vie ecclésiale.

Du fait que les OPM du Sénégal manquent de personnel, de structures, d’infrastructures et de matériel de travail, il va sans dire que les résultats sont toujours en deçà de ce qu’on pourrait attendre. Il y a de belles générosités, dans chaque diocèse il y a un directeur diocésain des OPM, certains travaillent même avec des équipes d’animation mais la structure de la Direction n’est pas dotée de moyens qui lui permettent de bien accomplir sa mission de coordination, d’animation et d’éveil…

Nous fonctionnons donc avec les moyens de bord. C’est une grande lacune qui se présente comme un défi à relever avec le soutien des directions nationales qui ont plus de moyens et d’expérience. Aussi faut-il faire connaître le réseau OPM aux chrétiens ; son identité et sa mission pour inviter tous les fidèles et les acteurs de la mission à s’engager pour son rayonnement. Je reste optimiste quant au bel avenir des OPM au Sénégal et en Mauritanie et je porte ce projet dans ma vision missionnaire.

 

L’Église catholique est une minorité au Sénégal. Pourtant, elle est très appréciée. Pourquoi ?

Oui l’Église catholique est une minorité au Sénégal avec seulement 5% d’une population de plus 18 000 000 d’habitants. Cependant c’est une minorité pleinement active dans la vie du pays. La communauté chrétienne se présente comme un régulateur social ; elle est consultée sur les grandes questions de la vie du pays. Elle est respectée et apporte une contribution de qualité à tout ce qui fait marcher le pays, dans la gestion des affaires, les relations ou la gestion des conflits. Son importance se comprend mieux à travers cette image d’un évêque qui la présentait comme minoritaire au sein d’une population fortement islamisée : « Lorsqu’on fait la cuisine, disait-il, on prend une pincée de sel pour assaisonner un kilo de riz. On n’a pas besoin d’un kilo de sel pour assaisonner un kilo de riz. » On reconnaît à l’Église des positions justes et vraies dans le sens du bien commun, de la justice, de l’honnêteté, de la paix et du travail bien fait. Toutes ces qualités reconnues aux chrétiens et aux responsables font qu’ils sont appréciés, consultés. En définitive les chrétiens au Sénégal jouent un rôle très important et apprécié dans la vie du pays.

Mgr. Rossignol, évêque de Tournai, en compagnie de l'abbé Raphaël Ndiaye, directeur de Missio Sénégal

Comment préparez-vous au Sénégal le jubilé du 100e dimanche des missions ?

Unie au programme universel de la célébration du jubilé du centenaire du dimanche des missions, l’Église au Sénégal s’y prépare pleinement. Elle envisage notamment des activités qui vont s’étaler durant le mois d’octobre et engager tous les évêques, avec pour chaque diocèse une ouverture diocésaine le premier dimanche d’Octobre et une clôture lors du dimanche des missions. Tous les jours les OPM vont proposer des méditations et récitations de chapelets dans toutes les paroisses à la faveur même du mois d’octobre, mois marial. Les prêtres dans les paroisses et dans les doyennés feront de chaque dimanche une journée missionnaire pour susciter et éveiller la responsabilité missionnaire de tous les baptisés.

En outre, à la lecture du message du Pape, nous avons identifié 12 appels qui pouvaient constituer le cœur du message pontifical pour le centenaire. Ces 12 appels tracent un programme spirituel et pratique pour toute l’Église, invitant chaque baptisé à s’engager dans la mission universelle selon son état de vie et ses charismes propres. Un livret d’animation missionnaire est proposé à cet effet.

 

Comment avez-vous globalement apprécié votre séjour ?

Mon séjour en Belgique a été riche et agréable à la fois. J’ai apprécié toutes les activités qui m’ont été proposées malgré leur rythme intense.

 

Un message à l’Église de Belgique et à nos lecteurs en particulier ?

Après l’expérience de l’Assemblée générale des directeurs nationaux des OPM/Missio, suivie de la visite en Belgique, je me suis mieux rendu compte de la richesse de l’Église et de sa diversité. Par-delà les différences de pratique, de culture et parfois de vision, nous partageons la même mission : celle que le Christ a confiée aux Apôtres et dont nous sommes les relais aujourd’hui. Face aux urgences, aux défis et aux enjeux de la mission, mon message à mes frères et sœurs chrétiens de Belgique est de ne pas oublier d’être missionnaire !

 

Emmanuel Babissagana

Le père Emmanuel Ikeobi, vicaire général du diocèse d'Anvers et responsable diocésain de Missio, aux côtés du père Théogène Havugimana, de Mgr Jçohan Bonny et du père Raphaël Ndiaye