Pierre Migisha Mavugo (55) est le nouveau secrétaire général adjoint de la Conférence des Évêques de Belgique. D’origine congolaise (Goma, Nord-Kivu), il est né et a grandi en Belgique. Après des humanités à Ottignies et des études en communication à l’ULB, il a d’abord travaillé dans les médias puis s’est engagé en politique. Il est marié et père de quatre enfants.
Nos lecteurs vous connaissent sans doute comme commentateur de football à RTL. Comment y êtes-vous arrivé ?
Je me suis très tôt passionné pour la communication, le journalisme et bien sûr le sport. C’est ainsi que, tout en poursuivant mes études, j’ai commencé à collaborer avec des journaux comme La Libre Belgique et Le Soir. RTL est arrivée au début de mes études universitaires : j’avais à peine 18 ans lorsque nous avons commencé à travailler ensemble.
J’y suis resté journaliste jusqu’en 2009, soit au total 18 ans de carrière. Entre 1998 et 2000, j’ai fait une pause pour devenir porte-parole de l’Euro 2000, le championnat d’Europe de football organisé conjointement par les fédérations belge et néerlandaise.
Comment êtes-vous ensuite passé du journalisme à la politique ?
Ayant commencé ma carrière très jeune, j’avais un peu fait le tour de la question à 37 ans, je commençais à tourner en rond. J’avais envie de faire autre chose. Je voulais exercer une influence sur le cours des choses, car comme journaliste, j’étais limité à les commenter, à les décrire. La politique me semblait dès lors être la voie indiquée à ce moment-là pour répondre à ce besoin. C’est ainsi qu’en 2009 j’ai quitté RTL et m’y suis lancé. J’ai été député bruxellois pendant cinq ans pour le CDH.
Et comment êtes-vous arrivé la Conférence épiscopale ?
Pendant que j’étais Conseiller à la Ville de Bruxelles, un de mes amis du CD&V a vu l’annonce de la Conférence épiscopale de Belgique qui cherchait un Secrétaire général adjoint. Il m’a invité à la regarder, ce que j’ai fait avec attention, avant de postuler et d’être retenu. Je m’en réjouis.
En quoi consiste précisément votre travail et comment l’appréciez-vous ?
J’ai été engagé pour assister le Secrétaire général, Bruno Spriet, au service de la mission de l’Église en Belgique. Il avait besoin de quelqu’un qui puisse l’assister non seulement pour toutes les questions en lien avec la sphère politique comme le faisait mon prédécesseur, mais aussi le seconder dans la gestion d’autres dossiers lorsqu’il est débordé. Il avait également besoin d’une personne pour l’assister dans la gestion du Secrétariat, et le remplacer au besoin ci et là lorsqu’il est indisponible. Voilà ce à quoi je m’attèle depuis mon arrivée le 20 octobre dernier.
Vos missions et domaines d’intervention sont donc multiples et variés.
Exactement. Outre la préparation des réunions des Conférences nationales et régionales, je travaille régulièrement avec les diocèses, afin d’organiser et coordonner notre communication. Nous nous penchons également sur les Fabriques d’Église, notamment pour accompagner, organiser ou consolider les réformes en cours et leur travail quotidien. Il faut aussi relever les liens avec les médias non catholiques, comme pour la diffusion des messes ou des émissions concédées. Il nous revient également d’entretenir ou de créer des liens avec les cabinets ministériels, notamment celui de la ministre de la Justice, qui est en quelque sorte l’une de nos ministres de tutelle. Il s’agit là d’à peine ¼ de nos missions.
Quel est aujourd’hui votre principal défi ?
Le défi pour moi aujourd’hui est de trouver au plus vite mes marques au sein des structures de l’Église dans lesquelles je n’ai jamais exercé, et que je dois apprendre à connaître. C’est un défi passionnant que je m’efforce de relever chaque jour, petit à petit. J’espère apporter ma contribution à une meilleure visibilité, écoute et témoignage de notre Église, afin qu’elle se fasse davantage entendre sur les grands sujets qui préoccupent nos sociétés, la pauvreté, les migrants, la paix, le refus de l’impérialisme, des guerres de prédation, de la spoliation des pays pauvres, le respect de la dignité humaine, la justice (sociale, nationale et internationale), etc.
Et le principal défi de l’Église belge ?
Notre Église doit vraiment davantage « sortir du bois » sur ces questions que je viens d’évoquer, et qui obscurcissent notre monde aujourd’hui. C’est là qu’elle peut le mieux apporter la lumière de l’Évangile dans une société sécularisée, au-delà de ses domaines traditionnels.
Mais est-elle encore crédible ?
La question des abus a certes affecté la crédibilité de notre Église. Mais c’est précisément une raison pour que nous redoublions d’efforts afin de retrouver cette crédibilité, en ayant une parole et des actions fortes là où les gens n’ont pas de réponse, s’indignent, sont désemparés, cherchent des repères.
Comment envisagez-vous l’avenir de l’Église en Belgique ?
Je pense que l’Église de Belgique devrait encore davantage impliquer les personnes d’origine étrangère dans son organisation, en ce compris au niveau des équipes dirigeantes. Cela permettra d’enrichir et de renouveler les idées. Cela permettra aussi à notre Église de refléter, jusque dans ses instances dirigeantes ou ses équipes encadrantes, la diversité du peuple de Dieu qui la constitue.
Un dernier mot pour nos lecteurs ?
Je souhaite à Missio d’être mieux connue dans nos communautés chrétiennes. Je remercie ceux qui soutiennent votre travail et encourage chaque chrétien.ne de notre pays à vous soutenir et à porter la mission.
Emmanuel Babbisagana