Mgr. Christian Carlassare s’adresse aux habitants du Soudan du Sud. Ses paroles sont « désarmantes » : elles brisent la logique de la violence, mais surtout elles naissent d’une expérience personnelle. À l’heure où, chez nous aussi, les oppositions entre « nous » et « eux » se durcissent, son message trouve aujourd’hui un écho particulier.
Vous êtes-vous déjà demandé comment la brebis de la parabole du Bon Pasteur s’était égarée ? Était-elle trop jeune, trop insouciante, ou simplement inattentive ?
Et si cette « pauvre brebis » n’était pas aussi innocente qu’on le croit ? Et si elle avait délibérément transgressé les règles du troupeau, encore et encore ? Si le berger l’avait abandonnée, nous comprendrions sans doute sa réaction. Mais le Bon Pasteur n’agit pas ainsi : quoi qu’il en coûte, il ramène la brebis perdue à la bergerie.
Victime et responsable
Cette parabole parle de nous. Nous sommes cette brebis récalcitrante. Chaque fois que nous retombons dans le conflit, nous nous égarons. Et Dieu vient nous chercher : il nous relève et nous porte sur ses épaules pour nous ramener chez nous.
Au Soudan du Sud, toutes les communautés partagent cette expérience. Chacun reconnaît ses erreurs, mais chacun se sait aussi blessé par l’injustice et la violence. Comment alors laisser le Bon Pasteur nous prendre sur ses épaules et nous reconduire à la maison ?
La réponse se trouve dans l’Évangile. Lorsque Pierre demande à Jésus s’il doit pardonner jusqu’à sept fois, Jésus répond : « Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à soixante-dix fois sept fois » (Mt 18, 22). Autrement dit : pardonner toujours. Que le pardon devienne aussi naturel que la respiration. Tu as été pardonné : pardonne à ton tour.
Retrouver la liberté intérieure
Desmond Tutu aimait rappeler que : « Pardonner, ce n’est pas oublier ; c’est se souvenir autrement ». Le souvenir empêche le mal de se répéter.
Pardonner ne signifie pas excuser le mal, mais renoncer à la spirale de la vengeance. Nous n’accordons pas le pardon parce que l’ennemi le mérite, mais parce que la paix est nécessaire : pour nous, pour nos enfants, pour le monde.
Ainsi :
Attentat
Pour nos communautés, pardonner reste difficile après tant de pertes et de blessures. Mais si le Soudan du Sud veut garder un espoir de paix, il faut que les personnes et les groupes trouvent le courage de se pardonner mutuellement, et de neutraliser ainsi, ensemble, les germes de la division et de la violence.
Je parle d’expérience. Après l’attentat contre ma vie en 2021, le pardon m’a libéré de la colère et surtout de la peur. Il m’a permis de revenir à Rumbek. La communauté n’était pas coupable : quelques individus avaient commis ce crime. Nous devons dépasser toute stigmatisation et reconnaître la dignité de chaque personne.
Bâtir l’avenir ensemble
La réconciliation consiste à écrire une histoire nouvelle pour le Soudan du Sud. Comme le disait Nelson Mandela : la réconciliation ne se limite pas à pardonner, elle consiste à construire ensemble un aveni
Mgr Christian Carlassare
Mgr. Christian Carlassare (°1977, Italie) est missionnaire combonien et évêque de Rumbek (Soudan du Sud). Jeune prêtre, il a choisi de partager la vie de l’Église locale dans un pays marqué par la guerre et les divisions.
En 2021, peu avant son ordination épiscopale, il est grièvement blessé lors d’une attaque armée. Après sa convalescence, il a décidé de retourner dans son diocèse.
Son parcours devient ainsi un signe d’espérance : le témoignage que l’Évangile peut ouvrir un avenir, même dans une société blessée.
