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Agir en tant que bergers dans l’Église africaine
Le 31 juillet dernier, la 20e Assemblée plénière du Symposium des Conférences épiscopales d’Afrique et de Madagascar (SCEAM) s’est ouverte à Kigali, en présence du cardinal Fridolin Ambongo Besungu, archevêque de Kinshasa (RDC) et président du SCEAM, ainsi que de son Excellence Justin Nsengiyumva, premier ministre du Rwanda, représentant Paul Kagame, président du Rwanda. Étaient également présents 13 cardinaux, 85 évêques, 72 prêtres et des dizaines de religieux et laïcs, entre autres. Des délégués provenant d’autres régions, dont l’abbé Théogène Havugimana, directeur de Missio Belgique, ont été invités à évaluer les progrès accomplis depuis la précédente réunion, qui s’est tenue à Accra, au Ghana, en 2022.
Vision à long terme
Les principaux points à l’ordre du jour comprennent la présentation de la vision à long terme du SCEAM pour la période 2025-2050, construite autour de 12 piliers fondamentaux tels que l’évangélisation, le leadership familial, l’engagement des jeunes, la protection de la création, la mission numérique et la responsabilité politique, une réflexion pastorale sur l’accompagnement des catholiques dans des réalités culturelles complexes, y compris les unions polygames, des discussions sur la justice, la paix, le dialogue interreligieux et le changement climatique. L’Assemblée présentera également le Plan stratégique triennal (2025-2028) et entamera le renouvellement des bureaux du SCEAM. C’est la première fois depuis 2013, lorsqu’elle s’était tenue en République démocratique du Congo, que la session plénière du SCEAM aura lieu dans un État des Grands Lacs, une région ravagée par la guerre et l’instabilité depuis des décennies.
Selon le cardinal congolais Ambongo, également président du SCEAM, il y a un « besoin urgent de paix, de réconciliation, de justice et de bien-être pour les Africains ». Il a déclaré à Vatican News avant le symposium : « Aujourd’hui, de nombreuses régions d’Afrique sont confrontées à une instabilité politique et sécuritaire, marquée par des coups d’État, des conflits, le terrorisme, des tensions et des violences, faisant des milliers de morts et de déplacés dans des conditions très précaires ». Le cardinal a notamment souligné « la triste réalité du terrorisme au Sahel, la guerre dans l’est de la République démocratique du Congo et les conflits au Soudan et au Sud-Soudan ».
Être des témoins de l’espérance
Ces situations plongent le continent africain dans une « souffrance humaine généralisée ». Ainsi, les évêques africains veulent « donner une raison d’espérer à ce peuple qui souffre et risque de sombrer dans le désespoir ». « Si nous sommes pasteurs dans le contexte actuel de l’Afrique, nous devons essentiellement être un témoin crédible d’espérance, de réconciliation, de paix et de développement pour ce peuple qui souffre », a souligné le président du SCEAM. Le cardinal espère que, guidés par l’Esprit Saint, ils pourront élaborer une vision commune à long terme qui pourra guider leurs actions de pasteurs dans l’Église et la société africaines. « Ainsi, l’épiscopat africain entend travailler davantage pour apporter sa contribution aux défis sociopolitiques auxquels notre continent est confronté », a-t-il déclaré.
Douze piliers pour répondre aux réalités pastorales
Selon le Secrétariat général du SCEAM, qui a publié un communiqué le 15 juillet 2025, « l’Assemblée de Kigali sera un moment privilégié de réflexion, de rassemblement et de prise de décision. Elle évaluera les progrès accomplis depuis la dernière Assemblée à Accra en 2022, et tracera un chemin futur pour l’Église en Afrique. Ainsi, plusieurs points seront à l’ordre du jour, notamment la présentation de la vision à long terme du SCEAM pour 2025-2050, qui s’articule autour de 12 piliers fondamentaux tels que l’évangélisation, les familles, l’engagement des jeunes, la protection de la création, la mission numérique et la responsabilité politique. Les évêques africains mèneront une réflexion pastorale sur le conseil aux catholiques dans des réalités culturelles complexes, y compris les relations polygames, évoquées lors du synode sur la synodalité. Des discussions sur la gouvernance, la justice, la paix, le dialogue interreligieux, le changement climatique et les préoccupations environnementales figureront également parmi les points d’échange. »
Missio Belgique
L’abbé Théogène Havugimana, directeur de Missio Belgique et originaire Rwanda, était l’un des invités spéciaux. Il a commencé son discours par un « Merci » sincère : « Il y a cinq ans, le regretté pape François avait commencé sa dernière audience générale de 2020 en disant : « Surtout, n’oublions pas de remercier … ». Avec cette coutume de dire merci, nous transmettons un peu d’espoir. Tout est uni et tout est lié, et chacun doit apporter sa pierre à l’édifice, où que nous soyons ». Permettez-moi de saisir cette occasion pour remercier le SCEAM pour sa contribution vitale au renouveau pastoral de l’Église en Afrique.
Il a ensuite jeté un bref regard sur l’Église en Afrique à travers les lunettes de Missio Belgique : « En tant que Missio Belgique, nous construisons des ponts entre les communautés ecclésiales en Belgique et celles du monde entier. Nous nous efforçons de promouvoir la compréhension, la coopération et les objectifs communs. Cela implique de créer des opportunités d’interaction, d’écoute active et de solidarité par le biais de projets communs, de programmes éducatifs et d’événements communautaires qui encouragent la participation active de nos deux communautés ».
Et l’abbé Havugimana de poursuivre : « La contribution des missionnaires africains à l’intérieur et à l’extérieur de l’Afrique, par exemple en Europe et en Amérique du Nord, parle d’elle-même. Il est temps pour l’Église d’Afrique d’être fière d’une telle contribution au reste de l’Église universelle, de passer de son propre engagement à une Église missionnaire ad intra et ad extra, et de remodeler le concept classique de missio ad gentes « .
Pas d’Église sans mission
« La mission de l’Église en Afrique est confrontée à de nombreux défis, allant des questions de santé et de sécurité aux complexités culturelles, religieuses et politiques », souligne le directeur de Missio Belgique. « La capacité à s’adapter et à trouver des solutions à ces défis, ainsi qu’à construire des relations durables avec les communautés locales, est essentielle pour que l’Église en Afrique réussisse dans sa mission. C’est là que Missio Belgique s’efforce constamment de donner un coup de main. »
Il précise cela en affirmant qu’il ne peut y avoir d’Église sans mission, citant le cardinal Stanislaw Rylko, ancien président du Conseil pontifical pour les laïcs dans les années 2000, qui soulignait : » L’évangélisation est loin d’être une affaire privée : elle concerne tous les chrétiens qui sont appelés à prendre des responsabilités dans la vie et la mission de l’Église et à annoncer le Christ. » C’est dans ce sens que Missio conçoit son engagement. Tenant compte des besoins des Églises particulières et du commandement du Christ de se soutenir mutuellement, la prière et la solidarité restent au cœur de notre engagement.
Et de conclure : « Cette mission du Christ à laquelle nous participons n’est pas techniquement une mission à accomplir, mais plutôt une mission à vivre main dans la main et, grâce à des initiatives telles que ce symposium, une mission à transmettre aux générations futures. Que l’Esprit Saint nous garde tous sur le chemin de sa mission et renforce notre espérance chrétienne ».
Qu’est-ce que le SCEAM?

L’assemblée plénière du SCEAM est le plus important rassemblement de l’Église catholique en Afrique et dans ses îles. Elle est organisée tous les trois ans et rassemble un nombre important de cardinaux, archevêques, évêques, prêtres, religieux, religieuses et laïcs de tout le continent et d’ailleurs.
Le SCEAM, fondé en 1969 lors de la visite historique du pape Paul VI en Afrique, est la structure continentale de l’Église catholique en Afrique et à Madagascar. Sa mission est de promouvoir la communion, d’encourager l’évangélisation et d’être la voix morale et spirituelle de l’Église sur le continent et ses îles. Ses principaux départements sont la Commission d’évangélisation, la Commission Justice, Paix et Développement (JPDC) et le Département de la communication sociale. En outre, le SCEAM dispose d’un bureau de liaison avec l’Union africaine, basé à Addis-Abeba, afin d’assurer la participation de l’Église à l’élaboration des politiques et au plaidoyer sur l’ensemble du continent.
Le SCEAM est composé de huit organismes épiscopaux régionaux : ACEAC (Afrique Centrale), ACERAC (Afrique Centrale), AHCE (Égypte), AMECEA (Afrique de l’Est), CEDOI (Océan Indien), CERNA (Afrique du Nord), IMBISA (Afrique australe), RECOWA-CERAO (Afrique de l’Ouest).


