Dans l’Évangile d’aujourd’hui, un homme s’approche de Jésus avec ce qui semble être une demande raisonnable : « Maître, dis à mon frère de partager l’héritage avec moi. » Il semble réclamer justice, mais Jésus cherche à l’amener, ainsi que les personnes rassemblées autour de lui, à une réflexion bien plus importante. Il met tout le monde en garde : « Gardez-vous de toute cupidité, car la vie d’un homme ne dépend pas de ses biens. »
Saint Paul dirait que la racine de tous les maux est « l’amour de l’argent », ou l’avarice (1 Tm 6, 10). Jésus insistera ailleurs sur le fait que nous ne pouvons servir à la fois Dieu et Mammon (Mt 6, 24) ; soit nous utiliserons l’argent pour servir Dieu, soit, comme l’homme de l’Évangile d’aujourd’hui, nous nous efforcerons d’utiliser Dieu pour rechercher l’argent.
Pour illustrer ce point crucial de la vie spirituelle, Jésus nous livre la parabole d’un homme riche qui a connu une récolte très fructueuse. Ses greniers sont trop petits pour stocker toute sa récolte ; alors, plutôt que de partager avec ceux qui ont faim, il construit de plus grands greniers, pensant que cela lui assurera une vie sans souci dans un avenir proche et lui permettra, de manière égoïste et égocentrique, de « manger, boire et se réjouir ».
Pourtant, Jésus le traite d’insensé, car cette même nuit, il allait mourir sans pouvoir emporter aucune de ses richesses avec lui. Jésus souligne la morale de cette histoire : « Il en sera ainsi de celui qui amasse des trésors pour lui-même, mais qui n’est pas riche de ce qui compte aux yeux de Dieu. »
Jésus nous pose la question suivante : cherchons-nous bêtement à nous enrichir de biens matériels, ou nous efforçons-nous sagement de nous enrichir de ce qui compte vraiment ?
Nous savons ce qui compte finalement pour Dieu. Jésus l’a révélé à travers tout ce qu’il a enseigné sur le Royaume de Dieu, qu’il a présenté comme un trésor pour lequel il vaut la peine de vendre tout ce que l’on possède (Mt 13, 44). Saint Paul lui-même l’a attesté lorsqu’il a déclaré que la foi, l’espérance et l’amour demeurent, mais que le plus grand de tous est l’amour envers Dieu et envers les autres (1 Co 13, 13). Ce qui compte en fin de compte, c’est la sainteté, une vie qui devient la perfection de l’amour divin.
Nous voyons cette perfection chez les grands missionnaires que l’Église célèbre aujourd’hui : les martyrs nord-américains, saint Jean de Brébeuf, saint Isaac Jogues et leurs compagnons. Remplis de l’amour de Dieu, ils ont quitté leur France natale pour apporter l’Évangile au Nouveau Monde, dans ce qui est aujourd’hui le Canada et le nord-est des États-Unis. Ils ont enduré des hivers longs et rigoureux, des autochtones souvent hostiles et peu réceptifs, la captivité, la torture et des martyres sauvages. Mais ils l’ont fait pour enrichir les autres de la vie et de l’amour du Christ.
« L’histoire des missions de ces derniers siècles le démontre : ce fut une époque pleine de risques, d’aventures, d’héroïsme et de martyre », écrivait saint Paul VI à l’occasion de la Journée mondiale des missions en 1968. « La foi est devenue ce qu’elle doit être : dynamique, irrépressible, voire téméraire. La joie de répandre l’Évangile a récompensé chaque effort, chaque sacrifice. »
Saint Jean-Paul II a ajouté en 2005 : « Nous qui nous nourrissons du Corps et du Sang du Seigneur crucifié et ressuscité, nous ne pouvons garder ce “don” pour nous-mêmes ; au contraire, nous devons le partager. L’amour passionné pour le Christ conduit à une proclamation courageuse du Christ ; proclamation qui, par le martyre, devient une offrande suprême d’amour pour Dieu et pour l’humanité. »
Ce type d’amour dynamique et passionné que nous voyons chez les grands martyrs missionnaires, nous sommes censés en être témoins au quotidien chez tous ceux qui reçoivent pleinement Jésus. Ceux d’entre nous qui le chérissent et qui, chaque dimanche, voire chaque jour, entrent dans sa passion, sa mort et sa résurrection à l’autel, sont appelés à laisser ces richesses déborder dans la mission.
Par amour pour Dieu, nous ne cherchons pas à construire des silos à céréales plus hauts, mais à remplir la maison du Père d’un nombre toujours plus grand de ceux pour qui Jésus a donné sa vie et chargé l’Église de les inviter au banquet.