Dans l’Évangile d’aujourd’hui, Jésus rencontre une femme courbée depuis dix-huit ans, incapable de se tenir droite. Il la voit, l’appelle et lui dit : « Femme, tu es libérée de ton infirmité. » Puis il lui impose les mains, et aussitôt elle se redresse et se met à glorifier Dieu.
C’est un moment de guérison et de restauration. Non seulement elle est libérée d’un fardeau physique, mais elle retrouve aussi toute sa dignité. Elle peut à nouveau se tenir debout — devant Dieu, devant les autres, pleinement elle-même.
La réaction du chef de la synagogue face à ce miracle est stupéfiante. Il s’oppose vivement au fait que ce miracle ait eu lieu le jour du sabbat, comme si le Jour du Seigneur était un jour où les actes d’amour envers autrui étaient en quelque sorte interdits.
Jésus répond avec fermeté. Il révèle la vérité plus profonde : Dieu a fait le sabbat pour une rencontre avec Lui, pour la vie qu’Il donne, pour la liberté qu’Il accorde, pour la restauration et la rédemption de ses enfants. La mission de Jésus consistait à aider son peuple à retrouver cette conscience que le sabbat a été fait pour l’Homme, et non l’Homme pour le sabbat. Il a été fait pour l’amour de Dieu et pour le prochain — qui ne peuvent jamais véritablement être mis en concurrence — et Dieu est glorifié lorsque nous utilisons le sabbat pour l’aimer, Lui et ceux qu’Il aime.
Dans la première lecture, saint Paul exhorte les chrétiens d’Éphèse à mener une vie qui reflète la vie nouvelle apportée par le Christ et qu’il cherche à renouveler chaque sabbat : « Soyez bons les uns envers les autres, compatissants, pardonnez-vous les uns les autres comme Dieu vous a pardonnés en Christ », ajoutant : « Marchez comme des enfants de lumière. »
La mission de l’Église prend sa source dans cet amour et est destinée à être promue, et non étouffée, le jour du Seigneur. Le jour où, chaque semaine, nous nous réunissons en tant que frères et sœurs pour célébrer la Résurrection du Seigneur et la descente du Saint-Esprit à la Pentecôte est destiné à être sanctifié, à être consacré à Dieu, précisément afin que, avec ses autres enfants spirituels, nous puissions l’aimer et aimer les autres. C’est un jour de l’Église. C’est un jour de charité. C’est un jour de mission.
Comme l’écrivait saint Jean-Paul II à l’occasion de la Journée mondiale des missions en 2005 : « Lorsque la communauté ecclésiale célèbre l’Eucharistie, en particulier le dimanche, Jour du Seigneur, elle fait l’expérience, à la lumière de la foi, de la valeur de la rencontre avec le Christ ressuscité et prend toujours davantage conscience que le sacrifice eucharistique est “pour tous” (Mt 26, 28). Nous qui nous nourrissons du Corps et du Sang du Seigneur crucifié et ressuscité, nous ne pouvons garder ce « don » pour nous-mêmes ; au contraire, nous devons le partager. L’amour passionné pour le Christ conduit à une proclamation courageuse du Christ ; proclamation qui, par le martyre, devient une offrande suprême d’amour pour Dieu et pour l’humanité. L’Eucharistie nous conduit à être des évangélisateurs généreux, activement engagés dans la construction d’un monde plus juste et plus fraternel. »
Face à tant de personnes accablées par le poids de diverses difficultés, l’Église, en tant que Corps mystique du Christ, cherche à aller à leur rencontre et à les aider à tourner leur esprit, leur cœur et leur regard vers Dieu qui les regarde avec un amour qui guérit. Chaque Eucharistie, dans laquelle nous reconnaissons Jésus sous les apparences les plus humbles de ce qui semble être du pain et du vin, nous aide à le reconnaître dans ceux qui sont dans le besoin ; car, comme nous le rappelle sainte Thérèse de Calcutta, celui-là même qui nous dit : « Ceci est mon Corps », dit aussi : « J’avais faim et vous m’avez donné à manger. »
Le sabbat chrétien — et chaque célébration de la Sainte Eucharistie — stimule la mission de charité de l’Église, dans laquelle nous prenons soin des besoins spirituels, émotionnels et corporels des personnes. Il nous aide à voir les personnes, à l’instar de la femme de l’Évangile, non pas comme des interruptions, mais comme des objets de l’attention et des soins incessants de Jésus et de l’Église.