Dans l’Évangile d’aujourd’hui, un homme souffrant d’hydropisie est amené devant Jésus le jour du sabbat. Les personnes présentes dans la maison du pharisien, où Jésus avait été invité à dîner, l’observaient de près pour voir s’il allait le guérir et enfreindre ce qu’ils considéraient comme la loi visant à sanctifier le jour du Seigneur.
Conscient de la situation et désireux de mettre à nu leur hypocrisie, Jésus demanda à haute voix : « Est-il permis de guérir le jour du sabbat, ou non ? » Ils refusèrent de répondre. Jésus guérit alors l’homme et le renvoya chez lui. Puis il leur posa cette question : « Qui d’entre vous, si son fils ou son bœuf tombait dans une citerne, ne le tirerait pas immédiatement de là le jour du sabbat ? » Ils restèrent une nouvelle fois sans voix, mais leur réponse était claire : bien sûr qu’ils sauveraient immédiatement leur fils, et même leur animal, dans une telle situation.
La question n’était donc pas celle de la loi et de ce que Dieu autorisait le jour du sabbat, mais celle de l’amour. Ils n’aimaient tout simplement pas cet homme atteint d’hydropisie, tout comme ils ne se souciaient pas vraiment des autres que Jésus avait guéris le jour du Seigneur.
Il était venu montrer qu’il est possible d’aimer le jour du Seigneur, de faire le bien, de guérir.
« Jésus dépasse les limites étroites », avait écrit le pape François dans son message de 2019 pour la Journée mondiale des missions, « en appelant [les disciples] à grandir dans le respect de la dignité des hommes et des femmes ». La loi est fondée sur l’amour de Dieu et du prochain. Elle a été donnée pour la vie, et non contre elle. La miséricorde n’est pas une exception à la loi, mais son sens le plus profond.
Dans la première lecture, saint Paul ouvre sa lettre aux Philippiens en priant pour eux afin que leur « amour grandisse de plus en plus en connaissance et en toute sorte de discernement, pour discerner ce qui est important ». C’est ce que Jésus révèle dans l’Évangile : un amour qui voit ce qui compte vraiment et qui agit.
Il est possible de respecter les règles tout en passant à côté de l’essence même de l’Évangile. Il est possible d’être irréprochable, sans pour autant être miséricordieux. Saint Paul dit qu’il est possible de manquer d’amour même lorsqu’on comprend tous les mystères, qu’on a la foi pour déplacer des montagnes et la volonté de livrer son corps aux bourreaux (1 Co 1, 1-4).
Jésus, cependant, nous montre que la véritable fidélité à Dieu n’est jamais dissociée de l’amour et de ses diverses expressions, telles que la miséricorde, la compassion et la sollicitude.
On ne saurait trop insister sur le lien entre mission et miséricorde. Toute la mission du Christ est une mission de miséricorde, et il nous envoie comme ministres et missionnaires de cet amour miséricordieux. La vérité seule ne suffit pas. Il faut que ce soit « la foi qui agisse par l’amour » (Ga 5, 6). Les chrétiens sont appelés à rendre témoignage à Jésus, qui est « le Chemin, la Vérité et la Vie » (Jn 14, 6), mais qui est toujours miséricordieux, tout comme Dieu le Père est miséricordieux (Lc 6, 36), et qui nous appelle à la sainteté précisément par la miséricorde (Mt 5, 7).
Lors du Jubilé de la Miséricorde de 2016, le pape François, avait magnifiquement décrit le lien entre la miséricorde de Dieu et la mission : « l’Église « est chargée d’annoncer la miséricorde de Dieu, le cœur battant de l’Évangile, et de proclamer la miséricorde aux quatre coins du monde, en touchant chaque personne, jeune ou âgée. […] L’Église, au sein de l’humanité, est avant tout la communauté qui vit de la miséricorde du Christ. […] C’est à travers cet amour que l’Église découvre sa mission, la vit et la fait connaître à tous les peuples » (Message de 2016 pour la Journée mondiale des missions).
Il est en effet non seulement licite, mais louable de faire le bien le jour du sabbat et tous les jours que Dieu nous accorde. L’Église vit en tant que témoin, voire sacrement, de la miséricorde de Dieu. Et la prière de saint Paul, comme celles de tous les saints, est que cet amour miséricordieux grandisse de plus en plus.