En ce dernier jour du Mois de la mission universelle, alors que nous continuons à prier pour les missionnaires du monde entier et pour tous ceux à qui ils annoncent la Parole de Dieu et apportent les sacrements, l’Évangile d’aujourd’hui nous invite à nous concentrer sur une vertu essentielle dans la vie de tout missionnaire : l’humilité.
La scène est très humaine et nous est familière. Lorsque les invités arrivent à un repas, ils choisissent les meilleures places pour s’asseoir. Jésus profite de cette occasion pour donner une leçon sur la vie spirituelle.
« Quand tu es invité, va t’asseoir à la dernière place », dit Jésus, de peur que l’hôte ne vienne te demander de céder ta place à quelqu’un d’autre, mais plutôt t’invite à prendre une place plus élevée. Puis il en tire la leçon morale : « Car quiconque s’élève sera abaissé, mais celui qui s’abaisse sera élevé. »
Jésus ne se contente pas de prodiguer des conseils de bonnes manières. Il révèle les qualités et la logique du Royaume de Dieu.
Dans le monde, nous sommes souvent conditionnés à rechercher la reconnaissance, à nous mettre en avant, à prendre le dessus sur les autres. Mais le chemin du Royaume est différent. C’est le chemin de l’humilité, fondé sur la prise de conscience que notre place n’est pas quelque chose que nous prenons, mais que nous recevons. Plus nous devenons humbles, plus Dieu peut agir et nous appeler à une place plus élevée.
Jean-Baptiste, le proto-missionnaire du Seigneur Jésus, a vécu ainsi, en disant : « Il doit grandir. Moi, je dois diminuer » (Jn 3, 30).
Saint Paul, dans la première lecture d’aujourd’hui, a exprimé un désir similaire aux premiers chrétiens de Philippes. Écrivant depuis sa prison, il réfléchit à sa condition par rapport à son œuvre missionnaire passée. Il en vient ainsi à affirmer, humblement : « Le Christ sera glorifié dans mon corps, que ce soit par la vie ou par la mort. ». Puis il conclut par une question interpellante : « Quelle différence cela fait-il » — qu’il soit emprisonné ou libre, vivant ou mort — « pourvu qu’en toute circonstance, que ce soit par hypocrisie ou en toute sincérité, le Christ soit proclamé ? »
Il ne se concentre pas sur lui-même, ni sur son statut, mais uniquement sur le fait que le Christ soit connu.
L’humilité, ce n’est pas avoir une moins bonne opinion de soi. C’est penser moins à soi — en fait, beaucoup moins, car nos vies sont centrées sur le Christ. Lorsque le Christ devient notre centre, nous sommes libérés de la tentation de nous affirmer, de nous comparer aux autres, de rechercher la reconnaissance. Nous sommes libérés pour servir.
C’est pourquoi l’humilité est essentielle à la mission de l’Église.
L’Évangile n’est jamais efficacement transmis par ceux qui cherchent à se mettre en avant, à obtenir de la notoriété, des louanges ou des fonctions. Il est proclamé par ceux qui sont prêts à occuper la dernière place — à servir discrètement, à donner sans attirer l’attention sur eux-mêmes, à laisser le Christ apparaître plutôt qu’eux-mêmes. C’est ce que Jésus a enseigné à Jacques et Jean, ainsi qu’à tous les disciples, lorsqu’ils se disputaient des places au sein de ce qu’ils supposaient être son cabinet terrestre en tant que Messie et Fils de David. Jésus leur a au contraire enseigné que les premiers seraient les derniers et que le plus grand serait celui qui servirait les autres (Mt 20, 20-28).
Dans son Message de 2002 pour la Journée mondiale des missions, saint Jean-Paul II affirme que les missionnaires apprennent cette humilité en embrassant et en proclamant — par la parole et par le langage du corps — la Croix du Christ. « En contemplant la Croix », disait-il, « nous apprenons à vivre dans l’humilité et le pardon, la paix et la communion ». Au Calvaire, comme dans la vie quotidienne et dans la mission, nous apprenons à mourir à nous-mêmes afin que le Christ puisse vivre.
Cela a un impact sur toute la culture de l’Église et sur la manière dont nous menons la mission. Il n’y a ni triomphalisme ni sentiment de supériorité, mais un authentique esprit de service. « En fin de compte, cette mission est la sienne [celle de Jésus] », écrivait le pape François dans son message de 2023 pour la Journée mondiale des missions, « et nous ne sommes rien d’autre que ses humbles collaborateurs, des “serviteurs inutiles” ». Dans son message de 2017, il déclarait : « La mission rappelle à l’Église qu’elle n’est pas une fin en soi, mais un humble instrument et une médiation du Royaume. »
Aujourd’hui, le Seigneur nous invite à faire notre examen de conscience pour déterminer, alors même que nous nous efforçons de poursuivre son œuvre salvifique, si nous ne le faisons pas avec des motivations impures, en cherchant en partie l’honneur et la gloire qui n’appartiennent qu’à lui seul.
Il nous invite à nouveau à nous atteler à lui et à apprendre de lui, qui est doux et humble de cœur (Mt 11, 29), et à nous efforcer d’accomplir la mission qu’il nous a confiée avec la même humilité qui a caractérisé son incarnation, sa naissance, sa vie cachée, sa passion, sa mort et son don eucharistique.
Et tandis que nous nous préparons à la fête de la Toussaint, nous demandons à tous ceux qui sont au ciel de prier pour nous, afin qu’en tant qu’humbles disciples et missionnaires jusqu’à la fin, nous puissions réellement l’entendre nous dire : « Mon ami, monte plus haut », pour le rejoindre, avec tous ceux qui ont précédés, pour l’éternité.