« L’Église doit miser sur le dialogue et la réconciliation »

Le premier dimanche de janvier, jour de la fête de l’Épiphanie, l’Église de Belgique célèbre « la Journée de l’Afrique ». À cette occasion, une collecte est organisée pour soutenir les conférences épiscopales de la RDC, du Rwanda et du Burundi dans leur travail pour l’Église dans ces trois pays. La Conférence épiscopale belge confie la coordination de cette collecte à Missio. L’abbé Arsène Munembwe, 2e secrétaire général adjoint de la CENCO, la Conférence épiscopale congolaise, nous parle de l’engagement de l’Église en faveur de la paix, en particulier auprès des jeunes Congolais.


L’abbé Arsène Munembwe, 2e secrétaire général adjoint de la CENCO, la Conférence épiscopale congolaise

Comment décririez-vous la situation actuelle en matière de paix en République démocratique du Congo ?

La République démocratique du Congo (RDC) est prise dans une spirale de violence qui entrave gravement les perspectives de paix. Bien que les initiatives diplomatiques se multiplient, les conflits armés persistent, attisés par des intérêts particuliers et des tensions régionales. La situation est complexe et nécessite une approche holistique combinant des efforts de médiation internationale, une stabilisation locale et la protection des populations vulnérables. La communauté internationale doit continuer à soutenir les initiatives visant à instaurer une paix durable dans notre pays.

Quel est l’impact de ces conflits sur la vie quotidienne, en particulier chez les jeunes ?

De manière générale, les conflits armés en RDC ont des conséquences tragiques pour la population civile. Les gens doivent fuir leurs maisons et tenter de survivre dans des conditions extrêmement précaires. La situation humanitaire qui en résulte constitue un défi majeur, non seulement pour la RDC, mais aussi pour d’autres États africains et la communauté internationale. Des efforts supplémentaires sont nécessaires pour garantir la protection des personnes déplacées et offrir des solutions durables, notamment par le développement économique et la stabilité politique dans les régions touchées. Sans une prise de conscience mondiale et des actions concrètes, ces crises persisteront et hypothéqueront des générations entières.

Les jeunes, qui sont souvent recrutés dans les milices ou victimes de ces conflits, sont particulièrement vulnérables. Les traumatismes physiques et psychologiques causés par la violence, la perte de leurs proches et l’exposition à des conditions de vie extrêmes ont une incidence directe sur leur avenir, leur éducation et leur intégration socio-économique durable pour se construire une vie.

Sensibilisation des élèves d'une école kimbanguiste sur la justice et la paix, ici à Kinshasa (mai 2025)
Atelier dans le cadre de l'éducation à la culture de paix et de justice (Ici à Mbandaka, juin 2025)
Campagne de sensibilisation des élèves de quelques Ecoles (ici Bukavu) sur la justice et la paix (juillet 2025)
Atelier avec les groupes spécifiques femmes et jeunes sur leurs participations au processus électoral et de paix, à Goma (octobre 2025)

Pensez-vous que les jeunes Congolais soient suffisamment conscients de l’importance de la paix ?

Les jeunes sont sensibles à la question de la paix en RDC, mais leur niveau de participation aux structures représentatives nationales reste faible. Beaucoup d’entre eux exercent leur pouvoir en dehors des cadres réglementaires formels. Souvent, peu d’efforts sont faits pour encourager spécifiquement les jeunes à participer au renouveau politique et pour renforcer leur confiance dans les initiatives de consolidation de la paix.

Non seulement ils sont souvent découragés par la politique et ne voient aucune raison de s’y intéresser, mais en RDC, la participation des jeunes et des femmes est également soumise à une politique d’exclusion qui ne fait pas l’objet d’une grande attention.

L’absence de programmes gouvernementaux et même d’initiatives de la société civile visant à prendre en compte cette partie importante de la population témoigne de l’acceptation de la situation actuelle.

Quel rôle l’Église peut-elle jouer dans la sensibilisation ? Et quels sont les outils ou programmes éducatifs qui existent déjà pour promouvoir la paix parmi les jeunes ?

Avec la Commission épiscopale Justice et Paix de la CENCO, l’Église organise des campagnes de sensibilisation, en particulier à l’approche des élections. En outre, la Commission épiscopale pour l’éducation chrétienne s’engage dans des cours et des campagnes d’éducation à la paix à l’école. La priorité est donnée aux initiatives qui mettent l’accent sur nos valeurs chrétiennes, le respect de la vie humaine, la résolution pacifique des conflits, l’amour de la patrie et l’emploi. L’Église a un rôle prophétique à jouer dans ce domaine et doit se rendre parmi les gens pour ramener chacun à l’essence du message chrétien, ce qui profite au bien-être intégral de la population.

Je vois également des possibilités dans le domaine de l’éducation. La Commission épiscopale pour l’éducation (la Coordination nationale des écoles catholiques) est responsable de la publication du manuel « Manuel d’éducation à la vie », utilisé depuis des décennies dans presque toutes les écoles de la RDC. Ce manuel destiné à l’enseignement secondaire est fondamental pour la formation d’hommes et de femmes responsables. Dans le passé, il était principalement axé sur l’accompagnement des jeunes en matière de développement physique, en particulier chez les jeunes adolescentes. Le manuel a été et continue d’être révisé et enrichi en permanence grâce à l’apport d’experts afin d’intégrer et de développer de nouveaux thèmes importants, notamment le VIH/sida, les médias et les loisirs, les droits et devoirs des enfants, la protection de l’environnement, etc.

Le projet Children and Youth Awakening, financé entre autres par les recettes de votre Journée de l’Afrique, ajoute des aspects explicitement liés à la citoyenneté (élection) et à un code de conduite général pour tous, qui favorise la prise de conscience des responsabilités des élèves et des enseignants et contribue à créer un environnement où le comportement éthique est la norme (enrichi de normes de comportement et de sanctions pour tous). Si nous parvenons à réaliser cela, cela offrira des perspectives d’avenir à notre jeunesse.

Atelier avec les représentants des groupes spécifiques (femmes et jeunes) sur leurs participations au processus électoral et de paix, à Bunia (octobre 2025)
Mobilisation des étudiants de l'ISDR Bukavu sur les questions électorales (Juillet 2025)
Atelier de Clarification des valeurs et transformation d'attitude à Kisangani sur les valeurs démocratiques (juin 2025)

Comment voyez-vous l’implication actuelle de l’Église dans la recherche de la paix en RDC ?

Les Églises catholique et protestante du Congo conjointement ont lancé une feuille de route intitulée « Pacte social pour la paix et le bien vivre ensemble en RDC et dans la région des Grands Lacs ». Au moyen de formulaires d’inscription, elles invitent les gens à participer à ce projet, qu’elles formulent en cinq principes fondamentaux. Elles le considèrent comme un moyen urgent d’éviter une « catastrophe humanitaire aux conséquences imprévisibles » dans cette région qui est ravagée depuis plus de trente ans.

L’appel s’adresse principalement aux citoyens congolais et à ceux de la région des Grands Lacs, afin qu’ils accordent une priorité absolue à ce projet, compte tenu de la gravité de la situation. La CENCO et l’ECC (Église du Christ du Congo) continuent « à plaider auprès des principaux acteurs sociopolitiques aux niveaux national et international pour qu’ils unissent leurs forces et créent une synergie autour de ce projet qui, une fois adopté, conduira, espérons-le, à un nouveau modus vivendi en RDC et dans la région des Grands Lacs ».

Selon vous, comment l’Église pourrait-elle mieux former les jeunes à devenir des artisans de paix ?

En organisant des programmes concrets dont les thèmes tiennent compte des problèmes spécifiques auxquels sont confrontés les jeunes d’aujourd’hui. En tant qu’Église, nous devons mobiliser les gens lorsque des conflits surgissent afin de rechercher ensemble des solutions pacifiques, et nous devons également fournir des outils pour faciliter le dialogue et la réconciliation.

Série des réunions avec les Leaders des jeunes sur les initiatives de paix et leurs participations aux prochaines élections. Réunions sous la conduite de JPC (septembre-Novembre 2025)
Réunion entre une délégation de JPC avec les responsables de CDJP Mbandaka et quelques responsables de la société civile sur l'engagement citoyen au processus électoral (octobre 2025 à Mbandaka)
Atelier avec les leaders des groupes sous représentés sur leurs participations au processus électoral à Kinshasa (octobre 2025)

Selon vous, quels sont les principaux obstacles à une paix durable au Congo ?

Il y a de nombreux obstacles. Je vais énumérer les principaux : l’augmentation du nombre d’acteurs et des conflits d’intérêts, le manque chronique de financement des missions de paix, la coordination insuffisante entre les différents acteurs internationaux, le manque de volonté politique forte de certains États membres de l’ONU, l’absence de sanctions économiques et diplomatiques contre les acteurs qui soutiennent la violence, le manque d’implication de l’ONU et des puissances occidentales dans la résolution des conflits, le manque de soutien aux initiatives locales transparentes de gestion des ressources, l’absence d’un véritable dialogue politique inclusif entre Kinshasa et les groupes rebelles, la faiblesse des institutions et de la gouvernance de l’État et le manque d’implication de la société civile dans les processus de réconciliation.

La mise en place d’un système de traçabilité de (nos) minerais et des sanctions contre les entreprises impliquées dans le commerce illégal constitueraient un pas dans la bonne direction pour progresser, mais de nombreux obstacles empêchent cela.

Quel conseil donneriez-vous aux jeunes, aux dirigeants politiques et aux chefs religieux pour construire la paix ?

Nous devons continuer à encourager ensemble les jeunes à ne pas perdre espoir en l’avenir et leur rappeler leurs droits légaux. Nous devons exiger des dirigeants qu’ils s’engagent davantage dans la bonne gestion des institutions. C’est à eux qu’il appartient d’œuvrer pour un meilleur développement du pays et le bien-être de la population. Les chefs religieux doivent continuer à rechercher des solutions pour le processus de paix. Et ils doivent, avec les croyants, continuer à prier pour la paix et pour que les dirigeants ne fassent que la volonté du peuple qui les a élus.

 

Théogène Havugimana

Une réunion des leaders des jeunes de Mbandaka sur leurs participations au processus électoral en RDC (2025)